Hérédité et maladies : ce qu’une prédisposition signifie vraiment

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« C’est génétique, ça se transmet dans la famille » : cette phrase, entendue à propos de telle ou telle maladie, mélange souvent plusieurs notions très différentes sous une même formule. Une prédisposition génétique n’a jamais la même signification qu’une certitude, et les mots utilisés pour la décrire — risque, pénétrance, facteur héréditaire — recouvrent des réalités précises qu’il vaut la peine de démêler.

Avertissement préalable : cet article présente des notions générales de génétique et de santé publique. Il ne constitue en aucun cas un avis médical, ni un outil de diagnostic ou d’évaluation personnelle. Toute question concernant une situation individuelle ou familiale doit être posée à un médecin, ou, lorsque c’est indiqué, dans le cadre d’un conseil génétique encadré par un professionnel habilité.

Risque relatif et risque absolu, une confusion fréquente

C’est sans doute la source de malentendu la plus répandue. Le risque relatif compare la probabilité de développer une maladie entre deux groupes — par exemple, les personnes porteuses d’une variante génétique donnée et celles qui ne le sont pas. Dire qu’un facteur « double le risque » est une information de risque relatif : elle ne dit rien, en elle-même, du risque réel encouru.

Le risque absolu, lui, indique la probabilité réelle de développer la maladie sur une période donnée, indépendamment de toute comparaison. Un exemple permet de comprendre l’écart : si une maladie touche en moyenne une personne sur dix mille dans la population générale, et qu’un facteur génétique « double le risque », le risque absolu passe à deux personnes sur dix mille. Le risque relatif a doublé, ce qui semble impressionnant formulé ainsi ; le risque absolu, lui, reste très faible en valeur réelle. Les deux informations sont exactes, mais elles ne racontent pas la même histoire, et la confusion entre les deux est une source fréquente d’inquiétude disproportionnée.

La pénétrance, ou pourquoi porter un variant ne veut pas dire développer la maladie

Un deuxième concept est essentiel pour comprendre une prédisposition génétique : la pénétrance. Elle désigne la proportion de personnes porteuses d’une variante génétique donnée qui développent effectivement, au cours de leur vie, la maladie associée à cette variante. Une pénétrance de 100 % signifierait que tous les porteurs développent la maladie ; c’est en réalité extrêmement rare. Pour la grande majorité des prédispositions génétiques identifiées, la pénétrance est incomplète : une partie seulement des porteurs développera un jour la maladie concernée, et la plupart des autres ne la développeront jamais.

  • Une prédisposition génétique augmente une probabilité ; elle ne garantit rien.
  • L’absence de variante identifiée ne garantit pas non plus, à l’inverse, une absence totale de risque.
  • Deux personnes porteuses de la même variante peuvent avoir des trajectoires de santé complètement différentes.

Le rôle de l’environnement, souvent sous-estimé

Pour l’immense majorité des maladies dites « multifactorielles » — la plupart des pathologies chroniques les plus fréquentes en population générale —, le patrimoine génétique n’est qu’un facteur parmi d’autres, aux côtés du mode de vie, de l’environnement, de l’exposition à certains facteurs et, largement, du hasard biologique. C’est précisément cette interaction entre plusieurs facteurs qui explique la pénétrance incomplète évoquée plus haut : une même prédisposition génétique peut s’exprimer ou rester silencieuse selon le contexte de vie de la personne qui la porte.

Une prédisposition n’est pas un pronostic. C’est une probabilité parmi d’autres facteurs, jamais une certitude ni un compte à rebours.

Le conseil génétique, une consultation encadrée

Pour les familles concernées par une pathologie dont la composante héréditaire est bien documentée, il existe en France un dispositif spécifique : la consultation de génétique clinique, généralement proposée dans les centres hospitaliers universitaires. Elle permet, sur indication médicale, d’évaluer une histoire familiale avec un médecin généticien et, si besoin, de proposer un test ciblé, toujours accompagné d’un accompagnement avant et après le résultat. Ce cadre encadré est très différent d’un test grand public commandé en ligne : il s’appuie sur une indication médicale précise, sur une interprétation professionnelle du résultat, et sur un accompagnement humain à chaque étape — trois éléments qui font toute la différence dans la portée que l’on peut raisonnablement donner à un résultat génétique.

Ce que cet article ne fait pas, volontairement

Il n’établit aucun diagnostic, ne recommande aucun test, ne fournit aucune évaluation de risque individuel, et ne se substitue à aucun avis médical. Les notions de risque relatif, de risque absolu et de pénétrance présentées ici sont des concepts généraux de génétique et d’épidémiologie ; elles ne permettent en aucune façon d’interpréter une situation personnelle ou familiale précise. Seul un professionnel de santé, éventuellement appuyé par une consultation de conseil génétique, dispose des éléments cliniques nécessaires pour le faire.

Une prudence qui vaut aussi pour l’histoire familiale

Cette prudence méthodologique rejoint, d’une certaine façon, celle que nous appliquons à toute question de filiation dans ce magazine : une prédisposition génétique ne fonde pas davantage un diagnostic individuel qu’une ressemblance physique ne fonde une filiation, ou qu’un pourcentage de test grand public ne fonde une origine géographique précise. Dans les deux cas, seule une démarche rigoureuse et encadrée — un acte d’état civil d’un côté, une consultation médicale ou un conseil génétique de l’autre — permet de tirer une conclusion fiable sur une situation individuelle. L’Inserm publie des dossiers d’information accessibles au grand public sur la génétique des maladies et sur le fonctionnement du conseil génétique en France. Pour comprendre plus largement comment se transmettent les caractères d’une génération à l’autre, notre article sur l’hérédité des caractères physiques détaille les mécanismes de recombinaison et de transmission polygénique évoqués ici.


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